Campagne solidaire, mensuel de la Confédération Paysanne
par Michel Curade
samedi 12 janvier 2008, par ChickenFlu
C’est la période des agapes, bien au chaud nous avons attendu le Père Noël. La volaille était dodue, dorée comme l’existence des actionnaires de ces multinationales de l’agrobusiness dont l’auteur nous détaille dans cet opuscule les occupations fascinantes. Voilà un petit livre qui parle de plumes, mais qui est très dense et pour la lecture duquel, vous avez intérêt à vous munir d’une boussole en vue d’aborder la forêt des placements à risque « Hedges funds », des fonds de gestion privée « Private equity management funds » et autres « .venture capital » à la manœuvre dans les poulaillers industriels. Si vous n’avez pas manqué dans votre errance la marche de l’escalier, vous apprendrez que les œufs mimosas de votre hors d’œuvre festif proviennent uniquement de souches d’une des deux multinationales « Wesjohann » ou « Hendrix Genétix ». Au IQ""6 siècle une poule pondait 50 œufs par an, aujourd’hui près de 300. La recherche au service du grand capital est pour le moins hyper efficace, presque surnaturelle avec la multiplication des petits œufs et leur billet d’emballage ! Il faut savoir que le marché financier de la poulette, malgré la présence d’éléments pathogènes inquiétants, aux relents nostalgiques de grippe espagnole, est en très bonne santé. « En 1960, on a produit 10 millions de tonnes de viande de poulet. En 1995, l’industrie avicole en a fourni 50 millions de tonnes. Les pronostics de croissance sont excellents... ». Tout ceci avec 450 cm2, moins qu’un format A4 comme HLM par volatile.

D’un coup d’aile, le livre vous emmènera dans le merveilleux voyage du H5N1, jusqu’à la caverne d’Ali Baba-Roche à la découverte du trésor « Tamiflu », vieil antiviral qui ne peut plus grand-chose face aux virus mutants mais génère toujours, miracle de la science, quelque 800 millions d’euros annuels. Vous y croiserez aussi sur cette route des œufs d’or, « Clearstream » aux listings passionnants truffés de VIP qui amassent sans heures supplémentaires. L’auteur nous démontre comment le capitalisme mondial après avoir liquidé toute concurrence libre et non faussé, s’engraisse des désordres qu’il a lui-même générés, et jubile de nos angoisses tout en détruisant les plus miséreux des paysans du monde. Alors dans la lumière bleutée de ce matin d’hiver, vous implorerez le pardon de votre grand-mère que vous aviez qualifié jadis d’irresponsable parce qu’elle refusait, comme l’obligeaient les autorités, d’empêcher ses cocottes de gambader dans la cour de la ferme. Et serein à nouveau, brandissant comme dans les opéras chinois des années soixante le petit livre jaune de Lammler, vous pourrez crier « achetez et lisez ChickenFlu Opéra ! ».
Michel Curade
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